• ENQUÊTE SUR LE PERE NOËL

    (Avertissement : cette enquête ne conserne pas les enfants pour les quels l'imaginaire est très important !) 

         Qui donc est ce personnage qui fait rêver tant de petits enfants sages et semble faire de l’ombre au sens chrétien de la fête de la nativité ? Personnage lié à la fête de Noël, il fit son apparition au 19ème siècle sous le nom de Father Christmas ou Santa Claus en anglais, par transit des Pays-Bas d’où les colons l’importèrent en arrivant. Le terme « Père Noël » apparaît plus tardivement en France, au début du 20ème siècle, à la faveur, en particulier, des anglo-saxons durant les deux grandes guerres. Mais aussi dans un contexte de laïcisation active qui tentait d’affranchir la société du rythme et de l’influence de l’Eglise.Catholique. Le père Noël semble donc ne synthèse de diverses influences à travers les siècles. Sa fonction principale est de distribuer des cadeaux aux enfants dans les maisons pendant la nuit de Noël qui a lieu chaque année dans la nuit du 24 au 25 décembre.
    Le Père Noël est une expression esthétique du syncrétisme que peut produire le pouvoir économique afin de générer son activité propre. Pourtant, bien qu’il soit un archétype de notre société de consommation, le Père Noël reste chargé d’une histoire spirituelle et d’un imaginaire. Peut-être est-ce là le secret de sa notoriété ?  


    Au commencement, les rites d’hivers. 

         En Europe, les rituels liés à l'approche de l'hiver sont ancestraux :
    Chez les Celtes, la pratique d’offrandes aux diverses forces du cosmos et du monde invisible était gratifiée en retour de dons de ceux-ci. Ainsi les Koriganed (korigan au pluriel) en apportant des offrandes de remerciements au nom du dieu Gargan (qui inspira le Gargantua de Rabelais).
    On dit que le dieu viking Odin, descendait sur terre pour offrir des cadeaux aux enfants.
    Chez les scandinaves, Julenisse, un lutin, apporte des cadeaux pour la Midtvintersblot, la fête du milieu de l'hiver. Notons que Julenisse portait la barbe blanche, le bonnet et les vêtements en fourrure rouge.
    Dans de nombreuses régions d’Europe, pour exorciser la peur de l'obscurité, une tradition ancestrale et païenne, voulait que, les jeunes hommes se grimaient et allaient de maisons en maisons pour quémander des offrandes. Ailleurs, en pays celtique en particulier, ces monstres venaient au début de l’hivers en la fête de Samain devenue, plus tard Hallowen (déformation de All a win – Tous vainqueurs [= Tous ressuscités] la Tous-Saints).

         La société médiévale, christianisera ces traditions populaires en particulier en proposant des figures de saints dont les qualités remplaçaient et même surpassaient les figures païennes.


    La figure de Saint Nicolas

         C’est le sort que subit Nicolas de Myre, évêque, qui vivait au IVe siècle au sud de la Turquie actuelle près d'Antalya. Né à Patara en Asie Mineure entre 250 et 270 après J-C. Il fut contemporain de la dernière vague de persécutions et, selon la tradition, du Ier concile de Nicée en 325, moment important du christianisme. Il mourut le 6 décembre, en 345 ou en 352 dans la ville portuaire de Myre en Asie Mineure. Devenu « Saint Nicolas », ses ossements furent conservés dans une église de Myre jusqu'au XIe siècle. Ils ont la particularité de suinter une huile sacrée. Cette manne est connue dans l'Europe du Moyen Âge.
    C'est l'un des saints les plus populaires en Grèce et dans l'Eglise Latine. Sa vie et ses actes sont entourés de légendes. Selon la légende, il aurait ressuscité trois enfants trucidés par un horrible boucher. Il est alors présenté comme le saint protecteur des tous petits. C'est pourquoi, en sa mémoire, depuis le XIIe siècle, principalement dans les pays d'Europe du Nord et de l'Est, on raconte que, chaque année, Saint Nicolas habillé comme on l’imaginait (grande barbe, crosse d'évêque, mitre, grand vêtement à capuche) va de maison en maison dans la nuit du 5 au 6 décembre pour demander aux enfants s'ils ont été obéissants. Les enfants sages reçoivent des cadeaux, des friandises et les méchants (depuis le XVIe siècle) reçoivent une trique donnée par un compagnon : le Père Fouettard, il s’agirait en fait du boucher de la légende des trois enfants. En France, à partir du XIIe siècle également, St Nicolas est accompagné du « vieux » qui présidait le cortège. Ce dernier sera appelé « Noël ».


    Le Protestantisme et la laïcité

         Dans les régions et pays européens où le protestants furent majoritaires (les protestants luthériens en Allemagne et aux Pays-bas en particulier, mais aussi les protestants français : les huguenots et la plus part des calvinistes), rejetant le rôle patronal des saints, la fête de Saint Nicolas fut abolie.
    C'est au Pays-Bas que saint Nicolas se transforme après la Réforme en un personnage semi-laïc, Sinter Klaas par l´influence des huguenots. Au début du XVIIe siècle, des Hollandais émigrèrent aux États-Unis et fondèrent une colonie appelée "Nieuw Amsterdam" (en néerlandais) qui, en 1664, devint New York. En quelques décennies, cette coutume néerlandaise de fêter la Saint-Nicolas se répandit aux États-Unis. Pour les Américains, Sinter Klaas (Saint Nicolas) devint rapidement Santa Claus.
    La société chrétienne trouva plus approprié que cette "fête des enfants" soit davantage rapprochée de celle de l'enfant Jésus. Ainsi, dans les familles chrétiennes, saint Nicolas, quand ce n’était pas le « Noël » lui-même, fit désormais sa tournée la nuit du 24 décembre. Étrangement, au Canada, les francophones catholiques utiliseront longtemps le personnage de l'enfant Jésus, alors que Santa Claus se chargera de distribuer des cadeaux aux petits anglophones.
    De même, bien avant la popularisation du « père Noël », les catholiques français attribuaient au Petit Jésus les cadeaux de la nuit de Noël et résistèrent longtemps au « père Noël », patronyme qui désignera le personnage popularisé en France par les Américains à la fin de la Seconde Guerre mondiale mais déjà connu dès la fin de la première guerre mondiale. 
     
         Le 23 décembre 1822, le pasteur américain Clement Clarke Moore publie un poème intitulé A Visit from St Nicholas, dans lequel il présente saint Nicolas comme un lutin sympathique, dodu et souriant, qui distribue des cadeaux dans les maisons et se déplace sur un traîneau volant tiré par huit rennes nommés Fougueux (Dasher), Danseur (Dancer), Fringant (Prancer), Rusé (Vixen), Comète (Comet), Cupidon (Cupid), Tonnerre (Donder) et Éclair (Blitzen). Ce poème a joué un rôle très important dans l'élaboration du mythe actuel. Publié pour la première fois dans le journal Sentinel de New York le 23 décembre 1823, il fut repris les années suivantes par plusieurs quotidiens américains, puis traduit en plusieurs langues et diffusé dans le monde entier.
    C'est vers 1850 que le passage de la célébration de la Saint-Nicolas à celle de Noël se fixe au Royaume-Uni, en lien avec Charles Dickens et ses « Livres de Noël ». 


    L’image publicitaire

         En 1860, le journal new-yorkais Harper's Illustrated Weekly représente Santa Claus vêtu d'un costume orné de fourrure blanche et d'une large ceinture de cuir. Pendant près de 30 ans, Thomas Nast, illustrateur et caricaturiste du journal, illustra par des centaines de dessins tous les aspects de la légende de Santa Claus et donna au mythe ses principales caractéristiques visuelles : un petit bonhomme rond, vêtu de fourrure, la pipe au coin de la bouche comme un Hollandais. C'est également Nast qui, dans un dessin de 1885, établit la résidence du Père Noël au pôle Nord. Cette idée fut reprise l'année suivante par l'écrivain George P. Webster.

         L'idée selon laquelle le Père Noël aurait été dessiné par la compagnie Coca-Cola en 1931 est une légende urbaine. Une étude de la représentation du Père Noël dans les années précédentes montre en effet que l'aspect qu'on lui connait aujourd'hui était déjà répandu, y compris sa couleur rouge, utilisée dès 1866. Avant Coca-Cola, de nombreuses firmes avaient déjà utilisé son image dans des publicités, comme Michelin par exemple. Par contre il semble que Coca-Cola ait largement contribué à la popularisation de l'image actuelle, grâce au talent artistique de Haddon Sundblom. Coca Cola souhaitait ainsi inciter les consommateurs à boire du Coca Cola en plein hiver. Ainsi, pendant près de 35 ans, Coca-Cola diffusa ce portrait du père Noël dans la presse écrite et, ensuite, à la télévision partout dans le monde.


    Conclusion 

         Le père Noël a désormais une stature humaine, très accessible, un ventre rebondissant, une figurine sympathique, un air jovial et une attitude débonnaire. La longue robe rouge a été remplacée par un pantalon et une tunique. Ceci est plus marqué aux Etats Unis, car en France, le père Noël a conservé sa longue robe rouge. Il entre dans les maisons par la cheminée (s'il y en a une) et dépose les cadeaux dans des chaussures disposées autour du sapin de Noël ou devant la cheminée (en France), dans des chaussettes prévues à cet effet accrochées à la cheminée (en Amérique du Nord et au Royaume-Uni), ou tout simplement sous le sapin. En Islande, il dépose un petit cadeau dans une chaussure que les enfants laissent sur le bord d'une fenêtre dès le début du mois de décembre. Au Québec, les cadeaux au pied du sapin sont de mise, en plus des « bas de noël » disposés sur la cheminée dans lesquels on met les petites surprises.

         Le père Noël ne fait plus vraiment polémiquer. Tous se l’approprie, jusqu’au parti communiste qui en fait un outil de propagande pour la solidarité grâce au Père Noël vert du secours populaire. Même si le mythe peut varier fortement d'une région à l'autre, notamment à cause du climat du 25 décembre qui peut aller du plein hiver dans l'hémisphère nord au plein été dans l'hémisphère sud, on l'imagine généralement comme un gros bonhomme avec une longue barbe blanche, habillé de vêtements chauds de couleur rouge avec un liseré de fourrure blanche ; des lutins l'aident à préparer les cadeaux. Il effectue la distribution à bord d'un traîneau volant tiré par des rennes (ou sur une planche de surf en Australie).


    Anecdotes 

    La hotte du père Noël peut être un panier ou alors être une sorte de grand sac marron, dans lequel les cadeaux de tous les enfants doivent être entreposés.

    Où habite le père Noël ? Le lieu d'habitation du Père Noël est très controversé. Selon les Norvégiens il habite à Droeback, à 50 km au sud d'Oslo. Pour les Suédois, c'est à Gesunda, au nord-ouest de Stockholm, et pour les Danois au Groenland. Les Américains sont persuadés qu'il habite au pôle Nord, mais en 1927 les Finlandais ont décrété que le Père Noël ne pouvait pas y vivre, car il lui fallait nourrir ses rennes : sa résidence fut donc fixée en Laponie, au Korvatunturi puis, cette région étant un peu isolée, ils l'ont fait déménager près de la ville de Rovaniemi. La Sibérie revendique également cet honneur, mais il y a sans doute confusion avec Ded Moroz, le cousin serbo-russe du père Noël qui est fêté le 7 janvier avec sa fille Sniégurotchka. Le Canada, pour sa part, prétend humblement qu'il serait simplement dans le grand-nord canadien, plus particulièrement dans les Territoires du Nord-Ouest. Au Québec, il viendrait tout simplement du Québec, comme le mentionne la chanson populaire du temps des fêtes : « Le Père Noël c't'un Québécois ». En 1953, Réal Rousseau et Jacques T. Melchers construisirent à résidence d'été du Père Noël à Val-David dans les Laurentides, au Québec. Le Père Noël y déménagea l'année-même et y arriva en hélicoptère. Il y revient à chaque été et a reçu près de 3 millions de visiteurs7. Dans le Pacifique, l'île Christmas se revendique également comme une résidence secondaire du père Noël. La Turquie, qui a gardé des reliques de saint Nicolas dans la très touristique région d'Antalya, est aussi de la partie.
    Dans nombre de pays, une lettre envoyée au Père Noël (quelle que soit l'adresse inscrite : Pôle Nord, Laponie ou autre) sera traitée par le service des postes qui répond aux jeunes expéditeurs.

    Combien le Père Noël a-t-il de cerfs ? Jusqu'au tournant du XXe siècle, le Père Noël n'a que huit rennes (Tornade, Danseur, Furie, Fringuant, Comète, Cupidon, Éclair et Tonnerre). Le neuvième, nommé Rudolphe, fut créé en 1939 par le poète Robert L. May dans un conte où le Père Noël doit affronter des conditions météorologiques si mauvaises qu'il risque d'être en retard dans sa livraison de cadeaux. Dans cette histoire, il réussit à les distribuer grâce au nez lumineux de Rudolphe qui l'orientait dans la tempête. Ce comte inspira un chant de Noël dont le refrain est : « Il s’appelait Nez-Rouge, Ah comme il était mignon. Ce p’tit renne au nez-rouge. Rouge comme un lumignon…. »
    En 2001 est sorti un film d'animation anglais avec des personnages en pâte à modeler dont le héros est Robbie le renne qui rêve de devenir un membre de l'attelage du Père Noël, comme son père.


    Père Christophe BOUDEREAUX 10/12/2009  


    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :