• Quand passent les idoles ....

          Comme chaque jour, vendredi aux aurores, quelques secondes après m’être levé, je me rends à la salle de bain pour mes ablutions matinales. Machinalement, mon premier geste, avant même d’ouvrir le robinet du lavabo, consiste immanquablement à allumer la radio pour écouter les nouvelles tout en me livrant à ma toilette. Or, ce matin-là, en ouverture de journal, le présentateur, annonce d’une voix grave et solennelle d’ordonnateur de Pompes Funèbres la « tragique disparition du plus grand chanteur actuel » sur un ton qui laisse supposer que ce décès ne va pas manquer d’interrompre dans la seconde même la giration de la planète et entraîner de graves bouleversements dans la vie de l’Humanité… 

    Vient ensuite un dithyrambe de dix minutes sur la profonde souffrance physique et morale que tout être humain normalement constitué va sans nul doute éprouver à la disparition subite de ce champion de la chanson pop. Et la litanie de se poursuivre, débitant un long chapelet de louanges : il faut persuader les cinq continents que nous avons perdu un très grand homme.

    La journée se passe. Je rentre chez moi et, le soir venu, je dîne en regardant le journal télévisé : rebelote ! Revoilà « le roi de la pop, une figure de légende » et je t’en tartine comme ça au kilomètre durant vingt minutes de journal et toute la soirée jusqu’au lendemain !

    Je dois avouer que j’en suis resté comme deux ronds de frites. On aurait enterré Louis Pasteur ou Alexander Flemming, bienfaiteurs de la race humaine, qu’on n’en aurait pas autant fait. Il me semblait pourtant, à force d’entendre ce que proclamaient depuis des années les média sur ce guignol, que nous avions affaire à un bien triste sire, peu regardant sur les mœurs, toxicomane, monomaniaque pédophile, à la morale élastique comme un caoutchouc de slip, tripatouilleur d’argent sale, pour tout dire pas franchement sympathique. Le voilà instantanément transformé en héros, que dis-je, en saint ! Pour un peu on lui élèverait un mausolée (à entrée payante bien entendu) et, pourquoi pas, quelques milliers de fans énamouré(e)s pourraient courir s’immoler par le feu autour de la tombe de leur idole. J’en ai même entendu une dire carrément qu’elle ne pensait pas possible qu’il meure un jour… ça ne s’invente pas !

    Notre monde déboussolé n’a pas fini de se confectionner des idoles. Eh bien moi mes idoles ce sont les médecins de brousse au fin fond du Congo, les petites religieuses de l’Inde qui tiennent les mouroirs, les chercheurs qui tentent de nous libérer d’horribles maladies et même – pourquoi pas – les sympathiques écolos qui essaient de sauver notre terre de l’autodestruction. Les idoles que portent au pinacle les média bêlants et trémolants ne me font ni chaud ni froid.

    Il y a près de sept milliards d’êtres humains sur la terre. Nous avons des défis incroyables à relever. Nous vivons une terrible crise économique avec ses chômeurs et ses détresses. Il y a l’Iran, la Corée du Nord, les avions qui décrochent, les tremblements de terre,  la famine qui nous guette, la montée des eaux, cette bonne vieille planète bleue qui se déglingue… Je ne pense pas que la nouvelle du décès de Michaël Jackson ait vraiment ému plus qu’un infinitésimal pourcentage de moutons de Panurge. Une poussière au regard de l’humanité. Chaque époque a les héros et les saints qu’elle peut… Notre société de pacotille où les média sont souverains fait et défait les réputations, transforme les papes en salauds - quand leur enseignement les accuse - et les salauds en gloires, surtout quand cela permet à quelques uns de mieux se remplir les poches.

    Mais, je vous l’avoue,  je ne suis pas si rosse : j’ai tout de même consenti à dire une petite prière pour le pardon de ses péchés laissant à Dieu le soin de peser et de soupeser tout le reste.

    Père Robert POINARD (Vicaire Générale chargé de la Marine)


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